Un cri prophétique pour la paix : Les évêques du Sud-Soudan mettent en garde contre un génocide imminent dans un contexte d'escalade du conflit

Juba, Sud-Soudan - Dans un appel poignant et urgent, les évêques catholiques du Sud-Soudan ont fait entendre une voix prophétique, mettant en garde contre le risque croissant de génocide alors que le pays est au bord d'un retour complet à la guerre civile. Leur plaidoyer passionné en faveur de la paix et du dialogue intervient dans un contexte de détérioration rapide de la sécurité et des conditions humanitaires, dressant le sombre tableau d'un pays qui peine à sortir de l'ombre des conflits passés.

Le cardinal Stephen Ameyu Martin Mulla de Juba, président de la Conférence des évêques du Soudan et du Sud-Soudan, a souligné la gravité de la situation dans une déclaration publiée le 27 janvier 2026. Il a souligné la reprise des combats entre les forces gouvernementales (SSPDF) et divers groupes d'opposition armés (SPLA-IO et autres) dans les États de Jonglei et d'Equatoria oriental, en insistant sur la détérioration rapide de la sécurité et des conditions humanitaires.

Une nation en péril : Escalade de la violence et des déplacements

L'ampleur de la crise est stupéfiante. Selon des rapports récents du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), on estime à 260 000 le nombre de personnes déplacées dans le seul État de Jonglei à la suite de la reprise des combats et des frappes aériennes qui ont commencé à la fin du mois de décembre 2025. Entre le 1er décembre et le 23 janvier, les violences auraient fait au moins 200 morts, dont pas moins de 40 civils, dans le Jonglei.

Le tableau suivant résume les données humanitaires essentielles pour le Sud-Soudan au début de l'année 2026 :

MétriqueDonnées (janvier 2026)Source
Personnes ayant besoin d'aide10 millions d'eurosOCHA / IRC
Personnes déplacées à Jonglei260,000OCHA Flash Update
Décès récents (Jonglei)200+ACLED
Fonds d'urgence alloués$10 MillionsCERF

Un appel au dialogue et au respect de la dignité humaine

Le cardinal Mulla a exhorté tous les dirigeants, tant au sein du gouvernement d'unité que parmi les non-signataires de l'accord de paix revitalisé, à “cesser la guerre et à embrasser le dialogue, à s'écouter les uns les autres et à écouter les personnes que vous prétendez combattre pour leur bien”. Ses paroles soulignent l'enseignement constant de l'Église sur l'importance primordiale du dialogue et de la réconciliation comme voies vers une paix durable.

“Les citoyens ne sont pas des biens, ce sont des êtres humains et il sera bon de connaître leurs douleurs, leur soif de paix et leur désir de vivre en liberté”, a affirmé le cardinal Mulla.

Cette déclaration puissante rappelle brutalement la dignité inhérente à toute personne humaine, pierre angulaire de l'enseignement social catholique. Elle incite les dirigeants à donner la priorité au bien-être et aux aspirations de leur peuple plutôt qu'aux intérêts politiques ou aux ambitions militaires.

Échos du pape François : “Plus de guerre”

L'appel du cardinal résonne profondément avec les appels fervents du pape François, qui a toujours défendu la paix au Soudan du Sud. Le cardinal Mulla a explicitement cité le message du Saint-Père au peuple du Soudan du Sud, dans lequel le souverain pontife appelait à “ne plus faire la guerre” et à “ne plus faire couler le sang”. Réaffirmant ce sentiment papal, le cardinal a déclaré : “Nous revenons de toute urgence pour réitérer notre appel au dialogue, à l'unité, à la paix et à la réconciliation”.

Le Soudan du Sud, la plus jeune nation du monde, a obtenu son indépendance en 2011 mais a plongé dans une guerre civile brutale en 2013, faisant près de 400 000 morts et des millions de déplacés. L'accord revitalisé de 2018 sur la résolution du conflit au Soudan du Sud (R-ARCSS), signé à Addis-Abeba, a offert une lueur d'espoir en mettant fin aux combats dans tout le pays et en établissant un gouvernement de transition. Le pape François a joué un rôle central dans ces efforts de paix, en s'agenouillant pour baiser les pieds des dirigeants politiques du Soudan du Sud en 2019, un geste profond d'humilité et un appel désespéré à la paix.

Le mépris de la paix et le spectre du génocide

Malgré ces efforts, de nombreux engagements du pacte de 2018, notamment les élections générales et les réformes en matière de sécurité, n'ont toujours pas été mis en œuvre. Les évêques catholiques sont maintenant profondément préoccupés par le fait que l'accord n'est pas respecté et que le dialogue est mis de côté. Le cardinal Mulla s'est alarmé du “mépris total pour la pleine mise en œuvre de l'accord de paix revitalisé” et de la “discorde croissante au sein du gouvernement d'unité”.

Il a averti que “les attaques et contre-attaques entre les parties belligérantes dans de nombreuses régions du pays se propagent rapidement, provoquant des déplacements, la faim et bien d'autres conditions inhumaines”. La prolifération des discours de haine et de désinformation est une préoccupation particulièrement effrayante pour les évêques. Le cardinal Mulla a notamment cité un général de haut rang de l'armée gouvernementale qui a appelé à une violence aveugle contre les civils dans l'État de Jonglei, déclarant sans équivoque :

“Donner des instructions aux forces armées pour qu'elles n'épargnent aucune vie est un appel direct au génocide. Nous appelons toutes les forces combattantes à ne pas suivre une directive qui risque de faire des victimes parmi les civils innocents et de monter les communautés les unes contre les autres‘.

Cette accusation directe d'appel au génocide, corroborée par les rapports de Human Rights Watch faisant état de commandants encourageant les attaques contre les civils, souligne l'extrême péril auquel la nation est confrontée et le courage moral des évêques qui ont dit la vérité au pouvoir.

L'engagement indéfectible de l'Église en faveur de la paix

Le père John Gbemboyo Joseph Mbikoyezu, coordinateur de la communication pastorale et sociale pour la conférence des évêques catholiques du Soudan et du Sud-Soudan, a noté que l'escalade récente conduisait à une guerre à grande échelle avec un ’mépris total du dialogue“. Il a déploré que ”les parties belligérantes mobilisent leurs affiliés pour défendre ce qu'elles croient être leur propriété. Ils mobilisent des ressources pour la guerre, au mépris des défis économiques auxquels le pays est confronté“.

Les Églises, y compris l'Église catholique, ont également rejeté une proposition d'amendement du gouvernement à l'accord de paix revitalisé, avertissant que toute poursuite prématurée ou unilatérale saperait l'esprit et les acquis de cet accord. Le pasteur Tut Kony Nyang, secrétaire général du Conseil des Églises du Sud-Soudan, a souligné que “la paix et la stabilité ne peuvent être construites par une mise en œuvre sélective ou des mesures prises en dehors de la volonté collective des signataires”. Il a exhorté toutes les parties à donner la priorité au bien-être de la population plutôt qu'aux intérêts politiques, reconnaissant que “la souffrance prolongée des citoyens exige des dirigeants qu'ils s'engagent en faveur de la paix, de la stabilité et de la responsabilité”.

Une résolution spirituelle : Prière pour la paix et la réconciliation

En ces temps difficiles, l'Église catholique appelle tous les fidèles à prier et à agir avec ferveur pour la paix au Sud-Soudan. Notre réponse spirituelle doit être enracinée dans :

  • Écriture Sainte : Méditons les paroles du Christ : “Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés enfants de Dieu” (Matthieu 5,9). Cette béatitude nous invite à œuvrer activement pour la paix et la justice, même dans les circonstances les plus difficiles.
  • La Sainte Eucharistie : Dans la Sainte Messe, nous unissons nos prières au sacrifice du Christ, le Prince de la Paix. Offrons l'Eucharistie pour la fin de la violence, pour la conversion des cœurs et pour une véritable réconciliation au Sud-Soudan.
  • Le sacrement de la confession : Nous demandons le sacrement de la réconciliation pour purifier nos propres cœurs et prier pour le pardon des péchés qui alimentent les conflits, en demandant la grâce d'être des instruments de paix.
  • Le Saint Rosaire : Nous nous tournons vers la Sainte Mère, Reine de la Paix, par le Rosaire. Nous demandons son intercession pour le peuple du Sud-Soudan, pour sa protection et pour la sagesse de ses dirigeants.
  • Adoration eucharistique : Passons du temps en adoration devant le Saint-Sacrement, intercédant pour tous ceux qui souffrent de la violence et des déplacements, afin qu'ils trouvent le réconfort, l'espoir et le chemin d'une paix durable.

Pour des mises à jour régulières sur la mission mondiale de l'Église et d'autres ressources sur la paix et la justice, nous vous encourageons à visiter le site suivant www.ewtnvatican.com.

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