ANALYSE : 3 éléments clés de la nomination de Mgr Rudelli.
Dans l'organigramme complexe de la Secrétairerie d'État du Vatican, l'archevêque Paolo Rudelli, récemment nommé, joue un rôle clé. En tant que sostituto, il n'est pas simplement le “chef du personnel”, comme ce rôle est souvent décrit. Il dirige la première section de la Secrétairerie d'État, consacrée aux affaires générales, qui est la machine organisationnelle de l'ensemble de l'appareil du Vatican. Dans un rôle que l'on peut qualifier d'adjoint au secrétaire d'État, le cardinal Pietro Parolin, son bureau est également chargé de gérer la “signature” du pape, c'est-à-dire de répondre aux nombreuses lettres qu'il reçoit.
Ce rôle est si important que le sostituto a des “audiences programmées” hebdomadaires avec le Pape, à qui il rend compte des affaires générales et dont il demande l'approbation pour certaines décisions organisationnelles.
La curiosité était donc grande de savoir qui Léon XIV choisirait pour le remplacer. Jusqu'à présent, il avait hérité du sostituto choisi par le pape François, Mgr Edgar Peña Parra. Le mois dernier, le 30 mars, dans ce qui a été la décision gouvernementale la plus impactante de ce pontificat jusqu'à présent, Léon XIV a nommé Mgr Rudelli à ce poste, renvoyant Mgr Peña Parra à sa carrière diplomatique et le nommant nonce en Italie.
Mgr Rudelli a été présenté à la Secrétairerie d'État le 8 avril, une semaine après sa nomination, lorsque le cardinal Parolin a réuni le personnel du Palais apostolique pour présenter le nouveau numéro 2. Selon certains membres de la Secrétairerie d'Etat, Mgr Rudelli s'est montré très cordial avec tous : il s'est présenté personnellement à chacun, s'est enquis de leur travail et de la localisation de leur bureau, et a souligné sa volonté de rester ensemble.
Dôme de la basilique Saint-Pierre (Photo : Unsplash)
Il a ensuite pris possession de son bureau, et son choix présentait déjà une nouveauté. En effet, Mgr Rudelli a choisi d'utiliser le bureau prévu pour le sostituto, situé dans la troisième loggia, c'est-à-dire au troisième étage du palais apostolique du Vatican, où se trouve la section des affaires générales de la Secrétairerie d'État. Mgr Peña Parra, durant son mandat de suppléant, avait préféré un bureau dans la deuxième loggia, au deuxième étage, où se trouve la section des relations avec les États. Cette décision l'a isolé du personnel et l'a caractérisé dans son rôle de diplomate “détaché” pour gérer les affaires générales.
Le changement ne s'est pas limité au choix de la fonction. Jusqu'à présent, les ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège présentaient une copie de leurs lettres de créance au substitut. Cette copie des lettres de créance “officialisait” le statut d“”ambassadeur désigné“, dans l'attente de la présentation des lettres de créance directement au pape. Le 10 avril, cependant, le nouvel ambassadeur turc auprès du Saint-Siège, Fahrettin Altun, a présenté une copie de ses lettres de créance à l'archevêque Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États, c'est-à-dire le ”ministre des affaires étrangères" du Vatican. C'était une première, mais, selon des sources de la Secrétairerie d'État, cela deviendra une coutume.
La nomination de Mgr Rudelli marque également une transition décisive au sein de la Secrétairerie d'État du Vatican, qui devrait se réorganiser autour du nouveau titulaire.
Qui est l'archevêque Rudelli ?
L'archevêque Rudelli aura 56 ans le 16 juillet. Il est relativement jeune pour un poste aussi important.
Né en 1970 dans le diocèse de Bergame, il a été ordonné prêtre en 1995 et travaille au service diplomatique du Saint-Siège depuis 2001. Il a travaillé dans les représentations papales en Équateur (2001-2003) et en Pologne (2003-2006), ainsi que dans la section des affaires générales de la Secrétairerie d'État du Saint-Siège.
L'archevêque Paolo Rudelli (Photo : Marco Mancini/EWTN News)
De septembre 2014 à 2019, il a été l'observateur permanent du Saint-Siège auprès du Conseil de l'Europe à Strasbourg. Il a également apporté au Conseil de l'Europe sa grande expérience des questions familiales, auxquelles il a consacré sa thèse de doctorat.
Il a ensuite été nonce apostolique au Zimbabwe de 2020 à 2023 et, depuis 2023, il occupe le rôle d“”ambassadeur du pape" en Colombie, un poste crucial où l'Église s'est également fortement impliquée dans la conclusion d'un accord de paix entre le gouvernement et les organisations paramilitaires.
Mgr Rudelli apporte sa grande expérience diplomatique à cette fonction de député, ainsi qu'une connaissance des rouages de la Secrétairerie d'État qu'il a développée au fil des années, aux côtés de personnalités telles que Mgr Alain Lebeaupin (décédé en 2021 après une vie passée dans les rangs diplomatiques), et en tant que secrétaire de Leonardo Sandri, cardinal aujourd'hui à la retraite et sostituto de 2000 à 2007.
La fonction de sostituto est relativement récente. Depuis 1831, date à laquelle le poste a été créé, 21 fonctionnaires l'ont occupé. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un poste diplomatique, la direction a généralement été choisie parmi le personnel diplomatique, assurant la liaison entre la première et la deuxième section de la Secrétairerie d'État et - depuis 2017 - également avec la troisième section, dédiée aux représentations pontificales (c'est-à-dire les nonciatures).
Il s'agit de données hautement techniques qui sont cruciales pour une organisation complexe comme le Saint-Siège.
La nomination de Mgr Rudelli présente au moins trois caractéristiques essentielles.
Tout d'abord, il semble correspondre au profil privilégié par Léon XIV. Jusqu'à présent, Léon XIV a nommé à des postes clés des personnes qui se distinguent avant tout par leur travail, mais qui sont difficiles à cerner idéologiquement et peu enclines à occuper le devant de la scène : de Mgr Filippo Iannone, préfet du Dicastère pour les évêques, à Mgr Anthony Randazzo, préfet du Dicastère pour les textes législatifs, en passant par Mgr Carlo Maria Redaelli, choisi par le pape comme secrétaire du Dicastère pour le clergé.
Deuxièmement, bien que relativement jeune, Mgr Rudelli est un pont entre l“”ancienne“ Secrétairerie d'État (l'organisation qui a précédé la réforme de la Curie initiée par le pape François) et la ”nouvelle" Secrétairerie d'État. Son expérience, combinée à sa capacité à résoudre les conflits potentiels, sera cruciale pour harmoniser et finaliser la réforme sans perturbation significative.
Troisièmement, il s'agit d'un diplomate très apprécié, et sa nomination démontre également que le cardinal Parolin a toujours une influence significative sur les décisions et qu'il jouit de la confiance de Léon XIV.
La combinaison d'un secrétaire d'État italien et d'un député italien peut être considérée comme excessive, mais elle n'est pas nouvelle dans l'histoire de l'Église. Ce n'est que récemment qu'il y a eu le tandem du cardinal Tarcisio Bertone en tant que secrétaire d'État et Fernando Filoni (plus tard cardinal et préfet de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples de l'époque) en tant que député, puis le cardinal Bertone et Angelo Becciu (plus tard cardinal) dans le même rôle, jusqu'à ce que le partenariat Parolin-Becciu dure jusqu'en 2017.
Le nouveau remplaçant est donc appelé à jouer un rôle délicat, mais au sein d'une Secrétairerie d'État plus forte, bénéficiant de la confiance du Pape et disposant d'une plus grande marge de manœuvre. La réforme de la Curie sera probablement finalisée et d'autres changements interviendront au sein de la Secrétairerie d'État. Nous sommes probablement confrontés à un processus d'harmonisation et de renforcement institutionnel qui durera cinq ans, et Mgr Rudelli est la personne choisie pour aider la Secrétairerie d'État à le mener à bien.
Cet article a été publié à l'origine sur National Catholic Register.
Source : https://ewtnvatican.com/articles/who-is-pope-leos-new-sostituto-for-the-secretariat-of-state





