Léon XIV et le défi de la tradition

ANALYSE : Léon XIV se trouve pris entre deux camps, tous deux particulièrement têtus.

Le grand objectif du pontificat de Léon XIV est de restaurer l'unité de l'Église. Mais la tâche est particulièrement ardue. En bref, c'est plus facile à dire qu'à faire.

Les commentaires du souverain pontife aux journalistes qui l'accompagnaient à Rome depuis l'Afrique illustrent ce point.

Leo a répondu à une question concernant la décision du cardinal Reinhard Marx de bénir officiellement les couples de même sexe, et sa réponse a suscité de nombreuses réactions différentes, tant en Allemagne que dans le reste du monde. Toutefois, celle qui est venue du chef de la hiérarchie allemande est éclairante.

Mgr Georg Bätzing, archevêque de Limburg, qui termine son mandat de président de la Conférence épiscopale allemande, a simplement déclaré qu'il poursuivrait cette pratique pastorale parce qu'il ne pense pas qu'elle crée une désunion dans l'Église.

Il peut s'agir d'un coup de semonce d'un homme qui est sur le point de partir et qui ne s'en soucie guère, ou bien de l'évêque Bätzing qui défie le pape de l'arrêter.

Un autre défi à l'unité se profile à l'horizon, provenant du monde traditionaliste.

La Société sacerdotale Saint-Pie X (SSPX) se prépare à célébrer ses premières ordinations épiscopales depuis 1988.

Les ordinations seraient valides mais non licites parce qu'elles sont dépourvues de mandat pontifical. Celui qui consacre un évêque sans la permission du pape encourt l'excommunication latae sententiae, c'est-à-dire pour avoir simplement commis l'acte.

C'est ce qui est arrivé à l'archevêque Marcel Lefebvre et aux évêques qu'il a ordonnés en 1988, après quoi un décret formel d'excommunication a été rédigé et publié.

Aujourd'hui, la rumeur veut qu'un document similaire ait déjà été préparé au cas où la FSSPX déciderait d'aller de l'avant avec les consécrations prévues.

En fait, ces types de décrets sont courants, il n'est donc pas certain qu'ils n'étaient pas prêts depuis un certain temps, quelle que soit l'issue des discussions au sein de la FSSPX.

La FSSPX, pour sa part, estime que l'excommunication ne s'applique pas à la société, au motif que le droit canonique ne permet pas l'imposition de la peine si l'acte qui l'entraînerait est commis en réponse à un grave danger perçu pour l'Église, ou si l'on croit agir de bonne foi.

C'est techniquement vrai, mais c'est le même raisonnement que Mgr Lefebvre a utilisé en 1988, lorsqu'un décret papal a déclaré que les ordinations avaient entraîné l'excommunication, un fait incontestable.

Ces dernières semaines, la FSSPX a également publié une longue interview de son supérieur, le père Davide Pagliarani, qui a réitéré le sentiment d'urgence de la société et la nécessité d'ordonner de nouveaux évêques pour assurer sa survie.

En fait, la FSSPX n'a même pas le désir sincère de s'engager dans un dialogue avec le Saint-Siège. Dans des communications antérieures, il a été clairement indiqué qu'elle considérait de nombreuses décisions ou approches du Saint-Siège comme étant à la limite de l'hérésie et que, par conséquent, il ne pouvait y avoir de dialogue.

En bref, Léon XIV se trouve pris entre deux camps, tous deux particulièrement têtus.

D'un côté, il y a ceux qui veulent que la doctrine évolue jusqu'à s'adapter à la société parce que sinon, pensent-ils - et c'est une phrase qui revient souvent - l'Église ne sera plus pertinente. D'autre part, il y a ceux qui pensent que l'Église a trop évolué, au point de considérer que tout ce qui émane du Saint-Siège est inapproprié, surtout sur le plan doctrinal.

La question à poser est simplement la suivante : De quel côté se trouve Léon XIV ?

L'année dernière, par exemple, on s'est étonné que Léon XIV ait envoyé un message de salutation au pèlerinage de Paris-Chartres, auquel participaient des milliers de jeunes pour la plupart, tous attachés au rite traditionnel, et que le pape ait dit qu'il priait pour les participants. Plus tard, le nonce en Angleterre, Mgr Miguel Maury Buendía, annonce que Léon XIV a demandé que des exceptions soient faites, permettant aux évêques de prolonger la célébration de la messe traditionnelle en latin dans leurs diocèses, sur demande.

En bref, Léon XIV a tendu la main au monde traditionnel, en essayant de surmonter l'attitude de fermeture claire qui avait caractérisé les dernières années du pontificat du pape François.

Cette attitude a également touché des congrégations religieuses considérées comme traditionalistes, telles que les Hérauts de l'Évangile, une organisation née au Brésil et qui s'est ensuite répandue dans le monde entier. Pendant des années, l'ordination de nouveaux prêtres pour les Hérauts de l'Évangile a été suspendue. Ils ont été placés sous examen administratif spécial - le commissaire est le cardinal Raymundo Damasceno Assis - pour des allégations d'abus qui n'ont jamais été entièrement vérifiées et pour lesquelles toutes les affaires civiles se sont finalement terminées en leur faveur.

Après de nombreuses années d'impasse, le groupe a finalement obtenu la permission d'ordonner 26 nouveaux prêtres en avril dernier.

Les Hérauts de l'Évangile ne sont qu'un exemple de groupes jugés trop traditionnels et donc ciblés par le pape François. Dans certains cas, il s'agissait de très petits groupes, qui n'ont donc pas réussi à s'imposer.

Dans d'autres cas, il s'agit d'une véritable tempête, comme dans le cas du Sodalitium Christianae Vitae - que Mgr Prevost connaissait bien à l'époque - où les accusations d'abus contre le fondateur ont conduit non pas à une réforme (comme ce fut le cas pour les Légionnaires du Christ), mais à la suppression effective de l'ordre.

Il faut dire que le pontificat du pape François a aussi été influencé par une sorte de ’guerre civile latino-américaine“ née dans les années post-Vatican II, où les tensions entre la théologie de la libération et les mouvements plus traditionnels étaient devenues presque insupportables.

Léon XIV n'a pas été affecté par ces tensions, même s'il en a fait l'expérience en tant que prêtre missionnaire et évêque au Pérou. C'est pourquoi Léon XIV a été appelé à trouver un équilibre difficile entre les exigences de ceux qui voulaient une Église plus présente et plus dynamique en termes de questions sociales et la nécessité d'évangéliser, de susciter de nouvelles vocations et de favoriser la croissance de l'Église.

C'est le grand défi auquel le pape est confronté dans la gestion des groupes traditionalistes.

Les traditionalistes le savent et diffusent l'image d'un Saint-Siège qui ne veut rien entendre, arguant qu'aucun accord ne devrait être conclu. La FSSPX estime que Léon XIV devrait les laisser procéder comme ils l'entendent, sans les menacer d'excommunication.

La peine d'excommunication est cependant nécessaire pour que le pape puisse démontrer son autorité au sein de l'Église. C'est pourquoi il existe l'excommunication latae sentantiae, c'est-à-dire qu'elle est imposée automatiquement pour avoir commis un acte excommuniable.

En revanche, l'idée que le Pape doit tout accepter au nom d'un principe de miséricorde flou est un argument qui ne tient pas la route, bien qu'il ait été promu à maintes reprises depuis le Concile Vatican II.

Le thème, on peut en être sûr, reviendra de manière récurrente tout au long du pontificat de Léon XIV. Avec le temps, on saura si le pape souhaite absorber la crise ou l'affronter, en levant les obstacles qui créent des divisions et des raisonnements, dans l'intérêt de l'unité de l'Église.

Cet article a été initialement publié par NCRegister.

Source : https://ewtnvatican.com/articles/leo-xiv-challenge-tradition-unity

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