Le deuxième consistoire de Léon XIV : une méthode de gouvernement ?

ANALYSE : Le consistoire extraordinaire peut inclure la création de nouveaux cardinaux, mais il peut aussi être un consistoire de discussion. 

Le deuxième consistoire du pontificat du Pape Léon XIV, le 31 mai, n’a pas inclus la création de nouveaux cardinaux, cela a maintenant été confirmé. Cela n’est pas surprenant, car les nouveaux cardinaux sont habituellement annoncés au moins un mois avant le consistoire afin de leur laisser le temps de se préparer. Il aurait donc été très improbable qu’il crée de nouveaux cardinaux lors de la réunion du dimanche.

Le Pape François a laissé derrière lui un Collège des cardinaux assez important. À sa mort, 135 cardinaux étaient en mesure de voter au conclave, soit 15 de plus que la limite de 120 établie par Paul VI. Aujourd’hui, il y a 117 cardinaux électeurs, ou 118 si l’on inclut le Cardinal Angelo Becciu, dont la situation n’a pas encore été clarifiée. En 2027, treize cardinaux supplémentaires auront 80 ans et ne seront donc plus éligibles pour participer à un conclave. Par conséquent, à la fin de 2027, il pourrait y avoir 104 cardinaux électeurs, et Léon XIV aurait ainsi 16 places disponibles pour créer de nouveaux chapeaux rouges, supposant qu’il souhaite rester dans la limite établie par Paul VI.

En résumé, Léon XIV a le temps de choisir les prochains cardinaux de la Sainte Église romaine. Quelques rumeurs non confirmées circulant au Vatican évoquent un mini-consistoire possible pour créer des cardinaux, avec un ou deux nouveaux chapeaux rouges au maximum, en commençant par l’archevêque Filippo Iannone, choisi par Léon XIV comme son successeur à la tête du Dicastère pour les évêques. Toutefois, ces rumeurs restent non confirmées.

Contrairement à d’autres papes, dont le premier consistoire était toujours destiné à la création de nouveaux cardinaux, Léon XIV a décidé d’utiliser ses premières réunions principalement comme des rencontres de cardinaux, occasions de discuter du présent et de l’avenir de l’Église.

Le Code de droit canonique prévoit deux types de consistoires : ordinaire et extraordinaire. Le consistoire extraordinaire se tient dans des cas particuliers, et tous les cardinaux sont convoqués au consistoire extraordinaire. Le consistoire ordinaire, en revanche, se tient lorsque le pape doit consulter les cardinaux sur une question importante mais routinière ou pour accomplir des actes solennels.

Le consistoire extraordinaire peut inclure la création de nouveaux cardinaux, mais il peut aussi être un consistoire de discussion. Léon XIV a voulu faire de la convocation du consistoire extraordinaire pour discussion un événement biannuel. Le premier de ce type a été convoqué les 7 et 8 janvier 2026, et le prochain aura lieu les 26 et 27 juin 2026.

La méthode de travail pour le prochain consistoire n’a pas encore été définie. En janvier, le consistoire a été conduit par groupes linguistiques, avec un rapporteur pour chaque groupe. On ne sait pas si ce modèle sera reproduit pour le consistoire de juin. Cependant, ce que l’on appelle le modèle « synodal » est mal vu par plusieurs cardinaux. Ceux-ci n’aiment pas que leurs opinions et évaluations soient absorbées dans un résumé final par le rapporteur et le groupe, préférant assumer personnellement la responsabilité de leurs propres déclarations. Cette question a été soulevée, et il reste à voir si Léon XIV acceptera de modifier les modalités.

On sait cependant que le thème portera principalement sur la mission de l’Église. Dans une lettre envoyée aux cardinaux le 12 avril, Léon XIV rappelait que la mission est « intégrale » et « combine proclamation explicite, témoignage, engagement et dialogue, sans céder à la tentation du prosélytisme ni à une logique de simple préservation ou expansion institutionnelle. Même lorsqu’elle se reconnaît comme minorité, l’Église est appelée à vivre sans complexes, comme un petit troupeau apportant l’espérance à tous, en rappelant que le but de la mission n’est pas sa propre survie, mais la communication de l’amour dont Dieu aime le monde. »

Le Pape notait également que la discussion lors du consistoire de janvier 2026 avait montré « la nécessité de relancer Evangelii Gaudium pour évaluer honnêtement ce qui, après toutes ces années, a réellement été reçu et ce qui reste inconnu et non mis en œuvre. En particulier, il faut prêter attention à la réforme nécessaire des chemins d’initiation chrétienne ; il faut aussi valoriser les visites apostoliques et pastorales en tant qu’opportunités kergymatiques authentiques et occasions de croissance dans la qualité des relations ; ainsi que la nécessité de reconsidérer l’efficacité de la communication ecclésiale, y compris au niveau de la Sainte-Siège, dans une clé plus clairement missionnaire. »

Le débat, en somme, ne portera pas sur des situations de gouvernance de l’Église, mais plutôt sur des orientations concernant l’avenir même de l’Église. C’est le style de Léon XIV, qui a voulu un temps substantiel pour la discussion et la possibilité pour tous d’approfondir des thèmes de foi.

Avec son deuxième consistoire extraordinaire de discussion, Léon XIV a déjà presque dépassé le Pape François. Ce dernier avait convoqué 10 consistoires pour la création de cardinaux durant son pontificat, mais seulement dans trois cas a-t-il tenu à organiser une discussion au préalable : en 2014, lorsque le thème de la famille fut évoqué via le célèbre rapport du cardinal Walter Kasper ; en 2015, lorsque les travaux se sont concentrés sur la réforme possible de la Curie ; et en 2022, lorsque fut discutée la réforme récente de la Curie.

Mais Léon XIV montre également une certaine précision dans ses formes de gouvernance. Le pape convoque les dicastères ou leurs responsables pour les décisions « politiques » — si l’on peut dire — et fait appel aux cardinaux pour échanger des opinions et définir le rôle de l’Église dans le monde d’aujourd’hui. De plus, Léon XIV n’a pas institué de « Conseil des cardinaux », comme l’avait fait le Pape François.

Le conseil (appelé le « C9 » car composé de neuf cardinaux) était une sorte de conseil consultatif auprès du Pape. Pourtant, le Pape François ne l’avait pas inclus dans la Praedicate Evangelium, et, par conséquent, il n’était pas considéré comme un organe de la Curie romaine ni un organe permanent. C’était un groupe de consultants à la discrétion du Pape.

Là encore, Léon XIV préfère une approche plus collégiale, en convoquant l’ensemble des cardinaux et en essayant de les impliquer dans une large discussion.

Est-ce là la méthode de gouvernement de Léon XIV ? Peut-être. En attendant, la curiosité demeure quant à savoir si le Pape nommera bientôt de nouveaux cardinaux. Les cardinaux eux-mêmes se préparent déjà au débat en chambre. Et il sera intéressant de voir quelle direction ils décideront de suivre.

Cet article a été publié à l’origine par NCRegister.

Share

Would you like to receive the latest updates on the Pope and the Vatican

Receive articles and updates from our EWTN Newsletter.

More news related to this article

Subscribe to our Newsletter