Un officiel du Vatican aux journalistes catholiques : Soyez « d’abord disciples avant d’être influenceurs »

Monseigneur Fortunatus Nwachukwu a réfléchi à l’importance de communiquer la vérité à l’ère numérique des tendances.

Note de la rédaction : Ce qui suit est le discours d’ouverture prononcé par Monseigneur Fortunatus Nwachukwu, secrétaire du Dicastère pour l’Évangélisation, aux jeunes professionnels des médias catholiques et aux invités lors du dîner de clôture de la Summer Academy EWTN 2026, le 1er juillet à Rome.

Gratitude et espérance

Permettez-moi de commencer en exprimant ma profonde gratitude pour l’invitation à m’adresser à vous lors de la Summer Academy 2026. Cette rencontre me remplit d’une grande espérance et de joie. C’est un bonheur pour mon cœur de voir de jeunes photographes, écrivains, cinéastes, reporters, rédacteurs, animateurs, créateurs de contenu, conteurs et influenceurs médiatiques catholiques se réunir, non seulement pour améliorer leurs compétences techniques et professionnelles en médias et journalisme, mais aussi pour discerner comment ils peuvent mettre leurs talents et dons au service du Christ et de son Église. La note conceptuelle que vous m’avez partagée reflète clairement votre désir de défendre la vérité, de promouvoir la dignité humaine et de proclamer l’Évangile.

L’autoroute numérique et l’importance des journalistes catholiques

Nous vivons une époque où la communication façonne l’opinion publique, forme des visions du monde, influence les valeurs, et détermine même la façon dont beaucoup comprennent leur propre identité. Internet a aboli les frontières géographiques et transformé le monde en un village global. Un jeune journaliste à Nairobi peut influencer quelqu’un à São Paulo et façonner l’imaginaire d’un autre jeune, à des milliers de kilomètres. Un podcast enregistré à Manille peut inspirer un étudiant à Rome. Une courte vidéo mise en ligne à Lagos peut être vue à Sydney en quelques minutes.

Votre génération a reçu une confiance sans précédent. Jamais une génération n’a possédé un pouvoir aussi extraordinaire pour former les esprits, influencer la culture et connecter des personnes à travers le monde. Un smartphone aujourd’hui n’est pas simplement un appareil ; c’est une salle de rédaction, une maison d’édition, un studio de télévision, une caméra, une bibliothèque et une porte ouverte sur la vie de millions d’individus. C’est un don remarquable. C’est aussi une responsabilité profonde. C’est pourquoi l’Église a besoin de journalistes catholiques bien ancrés et correctement formés. L’Église a besoin de communicateurs compétents, crédibles, courageux, créatifs et enracinés dans le Christ.

D’abord disciples : Communiquer la vérité à l’ère numérique des tendances

Pour ce discours d’ouverture, je vous invite à réfléchir au thème : « Disciples avant Influenceurs : Communiquer la vérité à l’ère numérique des tendances ». Je ne vois pas de lieu plus approprié pour commencer que par la dernière commission du Seigneur ressuscité : « Allez donc, faites de toutes les nations des disciples » (Mt 28,19). Ces paroles n’étaient pas destinées uniquement aux prêtres, évêques, religieux ou catéchistes. Elles expriment la vocation missionnaire de toute l’Église. Chaque chrétien baptisé est envoyé pour témoigner du Christ. Plus de 2000 ans se sont écoulés depuis que Jésus a confié cette mission à l’Église, pourtant ces paroles n’ont rien perdu de leur urgence, de leur pertinence ni de leur force.

La mission n’a pas changé. Ce qui a changé, ce ne sont pas la mission, mais les chemins menant aux nations. Au premier siècle, les apôtres voyageaient à pied et par mer. Aujourd’hui, « toutes les nations » se trouvent aussi sur l’autoroute numérique. Elles se rassemblent sur Instagram, TikTok, Facebook, YouTube, X, podcasts, blogs, plateformes d’information et d’innombrables communautés en ligne. Le monde numérique est devenu l’un des grands champs missionnaires de notre temps, où les idées sont échangées, les cultures façonnées, l’opinion publique formée, et où des millions de personnes recherchent chaque jour la vérité, l’espérance, un sens et un sentiment d’appartenance. Si c’est là que les gens se rassemblent, alors les disciples du Christ doivent y être présents, non pas seulement pour attirer l’attention, mais pour témoigner de l’Évangile avec sagesse, intégrité et amour.

Notre plus grand défi aujourd’hui n’est pas la technologie. C’est la vérité. Nous vivons dans une culture fascinée par ce qui est tendance. Chaque jour, nous nous demandons ce qui devient viral, ce qui attire l’attention, de quoi tout le monde parle. Ce ne sont pas des questions insignifiantes, mais elles ne sont pas la question la plus importante. Le disciple chrétien doit poser une question plus profonde : Est-ce vrai ? Les tendances vont et viennent. Elles changent à chaque saison, chaque algorithme et chaque génération. La vérité, elle, ne change pas.

Jésus priait le Père : « Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est vérité » (Jn 17,17). La vérité n’est pas simplement ce qui reçoit le plus de « j’aime » ou les applaudissements les plus forts. La vérité est ce qui correspond à la réalité de Dieu et reflète le caractère de Dieu. Parce que Dieu est fidèle, la vérité reste fidèle. Parce que Dieu est juste, la vérité reste juste. Parce que Dieu est miséricordieux, la vérité ne se sépare jamais de la compassion. Les chrétiens ne choisissent donc pas entre vérité et amour. Nous proclamons la vérité dans l’amour parce que les deux prennent leur source en Dieu.

C’est pourquoi votre vocation en tant que jeunes journalistes et communicateurs catholiques est si profondément importante. Votre tâche n’est pas seulement de produire du contenu, mais de cultiver la confiance ; non seulement de rapporter les faits, mais d’aider les gens à voir clairement la réalité ; pas simplement d’augmenter le trafic, mais d’accroître la compréhension. Le monde n’a pas seulement besoin d’informations plus rapides. Il a besoin de voix plus sages. Il a besoin de communicateurs dont la crédibilité s’enracine non seulement dans la compétence professionnelle, mais aussi dans l’intégrité morale. Avant que l’Église ne nous demande de devenir communicateurs, elle nous demande d’être disciples. Le discipulat précède toujours l’influence.

Moïse et l’ère numérique : Quand nous nous asseyons, marchons, nous couchons et nous levons

Moïse l’avait compris bien avant l’invention d’internet. Dans le Deutéronome, il dit à Israël : « Tu les enseigneras avec soin… et tu en parleras quand tu seras assis dans ta maison, quand tu marcheras en chemin, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras » (Dt 6,7). Il décrivait une vie où la vérité de Dieu remplit chaque moment ordinaire. Aujourd’hui, nous nous asseyons encore, marchons, nous couchons et nous levons, mais souvent avec un écran entre les mains. Nous sommes assis devant nos ordinateurs portables, marchons avec nos téléphones, nous couchons après avoir défilé sur nos écrans, et nous réveillons au son des notifications. Les plateformes ont changé ; la mission, elle, ne change pas. Nous sommes toujours appelés à porter la vérité de Dieu dans chaque lieu où vivent, cherchent, questionnent et communiquent les personnes. Le monde numérique n’est pas extérieur à la mission de l’Église ; il en est devenu l’une des principales frontières.

4 frontières pour le disciple numérique

Alors que vous vous préparez à entrer dans ce monde, permettez-moi de vous laisser quatre invitations fraternelles. Premièrement, construisez votre esprit avant de construire votre plateforme. Lisez l’Écriture avant de faire défiler les pages. Étudiez profondément. Apprenez continuellement. Un esprit superficiel ne peut pas communiquer un Évangile profond. Deuxièmement, que chaque route numérique devienne une route vers le Christ. Chaque article, photographie, interview ou documentaire peut défendre la dignité humaine, inspirer l’espérance, et servir le bien commun. Troisièmement, protégez votre vie intérieure. Ne laissez pas la connectivité constante vous priver de silence, de prière et de réflexion. Un communicateur qui n’écoute jamais Dieu aura peu de choses dignes d’être dites au monde. Enfin, commencez chaque jour en étant d’abord disciple avant de devenir journaliste, créateur de contenu ou influenceur. Votre identité ne se détermine pas par le nombre d’abonnés, d’algorithmes ou de statistiques. Elle s’enracine dans votre baptême et votre amitié avec Jésus-Christ.

D’abord disciples avant influenceurs

Chers amis, l’avenir de la communication catholique ne se décidera pas par la seule technologie. Il se décidera par le type de personnes que nous devenons. Le monde n’a pas besoin de plus de bruit. Il a besoin de plus de lumière. Il n’a pas besoin de plus d’influenceurs ; il a besoin de témoins crédibles. Allez donc dans le monde numérique avec l’excellence professionnelle, l’honnêteté intellectuelle, le courage moral et une foi vivante. Mais surtout, allez-y en disciples. Car lorsque les disciples communiquent avec vérité, humilité et amour, ils font plus qu’informer les esprits : ils ouvrent les cœurs à une rencontre avec Jésus-Christ, qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).

Enfin, un mot sur l’intelligence artificielle. C’est l’un des plus grands développements technologiques de notre temps et, comme tout grand outil, elle doit être accueillie avec sagesse et utilisée de manière responsable. Qu’elle assiste votre travail, mais ne remplace jamais votre réflexion. Qu’elle élargisse vos recherches, mais ne substitue jamais votre jugement. Par-dessus tout, ne déléguez jamais votre mémoire, votre conscience, votre imagination ou votre capacité d’émerveillement. Les machines peuvent traiter l’information, mais elles ne peuvent pas aimer. Elles peuvent générer du texte, mais elles ne peuvent pas témoigner. Elles peuvent imiter l’intelligence, mais elles ne peuvent pas devenir disciples. Utilisez l’intelligence artificielle comme un outil, mais ne renoncez jamais à votre liberté d’agir, à vos dons, à votre créativité ni à votre responsabilité. Placez chaque technologie au service de la vérité, de l’humanité et de l’Évangile.

Par-dessus tout, rappelez-vous que « catholique » n’est pas une étiquette ; c’est une identité que vous incarnez. Et un disciple est un exemple vivant et même un échantillon du Christ. Que d’autres rencontrent le Christ à travers vous, chers journalistes et communicateurs catholiques.

Cet article a été initialement publié par EWTN News English.

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